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Ghislain finit en fauteuil roulant après une nuit au Marché-aux-Herbes : « Je n’ai plus envie de vivre »

  • Photo du rédacteur: Info Mons
    Info Mons
  • 7 déc. 2025
  • 3 min de lecture
L’homme, aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années, se déplace désormais en fauteuil roulant. Ses sœurs l’accompagnent et le soutiennent au jour le jour. – G.M.
L’homme, aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années, se déplace désormais en fauteuil roulant. Ses sœurs l’accompagnent et le soutiennent au jour le jour. – G.M.

Ghislain, un homme d’un peu plus de 50 ans, s’est introduit dans une soirée privée organisée pour des étudiants de médecine au Marché-aux-Herbes, à Mons. L’agent chargé de l’accueil l’a violemment expulsé, provoquant chez lui des blessures dramatiques. Après une année d’hospitalisation, il souffre désormais de lourdes séquelles neurologiques. Les deux hommes se sont retrouvés cette semaine devant les juges.


Le 3 novembre 2022, un bar du centre organisait une fête estudiantine. Peter (nom fictif), qui assurait l’accueil, avait déjà dû intervenir en début de soirée contre un individu muni d’un couteau, remis ensuite aux forces de l’ordre. Mais un second incident, bien plus grave, s’est produit peu après 1h25 : Ghislain, manifestement ivre et non invité, tente d’entrer dans l’établissement.


Les images des caméras de surveillance, internes et municipales, retracent les trois minutes qui suivent. On y voit Ghislain immobilisé, repoussé violemment, frappé à plusieurs reprises. Titubant, il essaie de se relever mais s’effondre finalement après un dernier coup de pied porté au visage. Sa tête frappe brutalement le sol. À 1h28, il ne bouge plus. Peter quitte alors précipitamment les lieux.


Un an d’hôpital

Les secours transportent Ghislain à la clinique St-Joseph (désormais Helora Constantinople). Les médecins constatent immédiatement la gravité de son état et alertent la police. Victime d’un traumatisme crânien massif, il doit subir une trépanation et plusieurs interventions. Le coma dure des mois ; les soins intensifs s’étirent.Il ne parvient à se lever — entièrement assisté — qu’en juillet 2023, après environ un an d’hospitalisation.

Ce jeudi, il est venu en fauteuil roulant au tribunal de Mons, soutenu par ses deux sœurs, Isabelle et Sarah (noms modifiés). Peter, quadragénaire, comparait pour coups et blessures ayant provoqué une incapacité supérieure à quatre mois.


« Trois minutes ont suffi »

« Trois minutes ont suffi pour faire basculer son existence », rappelle l’avocat de la victime, Me Jérémie Berger.Selon Peter, il a réagi par crainte d’un danger : « Quand il a mis la main dans sa poche, j’ai cru qu’il allait sortir une arme », explique-t-il. La juge l’interroge sur la disproportion de la réaction. Il répond : « Je ne suis pas videur, seulement employé à l’accueil… Ce qui s’est passé a détruit sa vie, mais a aussi ruiné la mienne. J’ai perdu mon emploi, je suis en règlement collectif. Jamais je n’aurais voulu cela. »

Me Berger reconstitue la succession de coups visibles sur les images. Pour lui, Ghislain ne présentait aucun risque et aurait pu être simplement laissé à l’écart : « Il ne retrouvera jamais la vie qu’il avait auparavant. »

Le parquet requiert une peine de quatre ans avec sursis, rappelant que l’accusé n’avait jamais eu affaire à la justice avant ce dossier.


Arguments de la défense

L’avocat de Peter, Me Gauthier Gossieaux, reconnaît la difficulté de plaider face à une victime lourdement handicapée : « Mon client n’a jamais voulu provoquer des séquelles aussi terribles. »Me Berger réplique : « Le dernier coup porté à la tête est précisément ce qui a causé les lésions irréversibles. »


La défense souligne toutefois que la situation était largement perturbée par l’état d’ivresse de Ghislain, sans pour autant aller jusqu’à invoquer une provocation. Elle demande un sursis et un partage des responsabilités sur le plan financier. Il rappelle également qu’en chambre du conseil, les deux hommes s’étaient brièvement étreints, moment où Ghislain commençait à récupérer un peu de mobilité — mobilité qu’il a ensuite perdue dans son institution actuelle, faute de soins adaptés.


Trop jeune pour un home

Les sœurs de Ghislain expliquent que leur frère ne correspond à aucun cadre d’hébergement classique : « Trop jeune pour une maison de repos, mais trop dépendant pour vivre seul ». Elles gèrent en alternance ses démarches, ses affaires et son quotidien. Elles ont également recueilli ses deux vieux chiens et vidé son appartement, doutant qu’il puisse un jour y vivre de manière autonome.


Ghislain, aujourd’hui âgé de 54 ans, s’exprime d’une voix faible devant le tribunal : « L’alcool ne me rend pas agressif, mais je n’en boirai plus jamais. Je veux mourir. »Peter réagit en disant : « Qu’il subisse son opération, je viendrai lui rendre visite, même escorté par la police. »

Malgré quelques capacités préservées — il peut encore taper sur un clavier — deux lobes de son cerveau, liés notamment au contrôle émotionnel, sont nécrosés. Ses mains et ses jambes ont perdu une grande partie de leur mobilité. Il attend une place dans un centre spécialisé à Nivelles et une nouvelle intervention au cerveau.

Le jugement tombera début janvier.

 
 
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